Maison d'édition Elan Sud, littérature générale, à Orange (84). Ses auteurs et leurs romans. Parutions, articles, interviews, commentaires. Actualité des salons du livre, rencontres avec le public. Site d'échange littéraire. Organisation du concours de manuscrits : Prix première chance à l'écriture
Ces matins-là, je me lève avec une seule idée en tête, le rendez-vous avec les lecteurs. Aujourd'hui, j'ai quelques informations sur la librairie, paraît-il très belle, nichée au cœur de village de Roussillon.
Mais peu importe, le livre est écrit. Édité depuis quatre mois, il reçoit des commentaires tout aussi variés et colorés que l'expérience de vie des lecteurs. Peu importe l'approche littéraire que je ferai aujourd'hui, ce que je ne leur dirai pas, ils le découvriront. S'ils veulent du décor, du cadre, je leur en servirai…
La semaine dernière, Maurice, un auteur aussi édité chez Elan Sud, a eu tout le temps. Il est vrai que "La sentinelle", l'histoire d'une femme, médecin urgentiste envoyée à Kaboul avec MSF, qui raconte ses frasques amoureuses et érotiques remontées à la surface de sa vie — parenthèses salutaires au milieu d'un monde déchiré par la guerre, l'intégrisme et la domination mâle — après avoir reçu en cadeau une statue d'un ancien amant, ne fait pas recette entre les glaces et le sachet de lavande souvenir… Il paraît que le touriste n'était pas là pour réfléchir, il cherchait du local, de la Provence éternelle, de la cigale et de l'accent qui chantent, pas du style, du verbe, de la dynamique littéraire… Cette espèce éphémère qu'est le touriste perdrait-elle toute fonction cérébrale? Non, quand même !
La librairie n'est pas responsable des passants, surtout dans un village où la population est changée chaque semaine. Elle a fait tout ce qu'il fallait : affichage des dates de rencontres, livres mis en avant, contacts avec la presse, multiplication des dédicaces pour les transformer en rendez-vous réguliers… de quoi donner l'exemple à certaines librairies qui se contentent de sortir les livres des cartons à l'arrivée de l'auteur en espérant qu'il aura fait venir ses amis. Ces librairies font venir les écrivains comme on décore une boutique, à l'image de ces automates dans les vitrines des grands magasins du boulevard Haussmann à Paris, à l'époque de Noël pour émerveiller les enfants. Malheureusement, aujourd'hui, je n'émerveille personne, le subterfuge ne fait pas recette. Pourtant, je suis le parfait automate. Une table, des livres, un bloc de papier et voici la marionnette qui fait courir son stylo, noircit le blanc du papier d'un fil continu, l'illusion est parfaite. A quand le nouveau modèle de santon pour la crèche provençale? Après le meunier, le berger et le Ravi, voici l'écrivain. Le mécanisme serait simple à créer, une main qui bouge pour simuler l'écriture, stylo en main. La main s'arrête pour laisser bouger les lèvres et relever la tête. Puis, le visage se fige, la tête se baisse et la main recommence à bouger. Chaque santonnier pouvant régler l'alternative des mouvements à la cadence qu'il souhaite.
Je refuse, je résiste. Darkvador, sors de mon corps, tu n'es pas mon père!
Il suffisait d'attendre pour que le temps passe… laisser faire.